Trop souvent, le succès ou l’échec d’une opération de fusion/acquisition (« fusac ») se mesure à travers la création de valeur pour l’actionnaire. Mais cette vision financiarisée est incomplète pour le citoyen lambda : ce n’est pas parce qu’une fusac crée de la valeur pour l’actionnaire qu’elle est bénéfique au final pour l’économie du pays et inversement.

Considérons les 3 leviers sur lesquels une fusac peut jouer :

  • Levier n°1 : La réallocation des investissements : Il s’agit typiquement de la petite entreprise en forte croissance qui requiert les capitaux d’une entreprise mature où les opportunités d’investissement sont faibles mais le cash-flow abonde.
  • Levier n°2 : La consolidation sectorielle : Elle peut se faire par intégration verticale ou horizontale mais ses objectifs sont les mêmes : abaissement du coût du produit fini par la mutualisation de certains coûts fixes ou augmentation de la puissance de frappe sur les agents économiques (les fameuses 5 forces de Michael Porter : concurrents, clients, fournisseurs, nouveaux entrants, produits de substitution) ;
  • Levier n°3 : L’élimination des inefficacités : La fusion est le meilleur moyen de réorganiser, et les dirigeants ont 4 fois plus de chance d’être changés au cours d’une fusion que lors d’une année ordinaire.

Ces trois leviers n’ont qu’un seul objectif : la création de valeur pour l’actionnaire. Mais les leviers n°2 et 3 ont des incidences qui ne doivent pas échapper à l’observateur externe. Considérons deux scénarios de fusion distincts :

  • Scénario A : Someday rachète l’entreprise Fairytale et licencie 3000 employés, qui trouvent immédiatement un nouvel emploi avec les mêmes avantages. Someday réduit son panel fournisseur de 50% mais ceux-ci trouvent de nouveaux clients avec les mêmes conditions commerciales. La valeur de Someday prend 25%.
  • Scénario B : Notrust rachète FRA et licencie 1500 séniors hautement qualifiées, qui ne retrouveront pas d’emploi. Notrust ferme les usines de FRA et par la même porte un préjudice sévère à l’économie locale qui s’appuyait fortement sur FRA. Un nombre important de magasins, restaurants et bars sont en dépôt de bilan. La valeur de Notrust prend 25%.

Ces deux scénarios sont identiques du point de vue de l’actionnaire. Pour autant, le bilan à l’échelle du pays n’est pas du tout le même. Cela signifie tout simplement que lors d’une opération de fusion acquisition, une part variable de la valeur créée par l’actionnaire est en fait un transfert des parties prenantes (clients, fournisseurs, salariés, économie locale, etc.) vers l’actionnaire.


Cliquez ici pour voir le reste des photos 2006 >>

Vue de la Tour Eiffel

Leçon n°1 : Monter dans la Tour Eiffel.