
Bach – Cantate BWV147, 1ère partie : Herz Und Mund Und Tat Und Leben
Plus on va vers un monde sécuritaire et moins l’on se sent de fait en sécurité. Ceci se vérifie dans tous les domaines.
Emploi : Selon les résultats d’un sondage de l’Ifrap1, la France est le pays d’Europe bénéficiant de la plus grande protection pour les travailleurs, mais c’est aussi le pays dans lequel le sentiment d’insécurité vis-à-vis de l’emploi est le plus important d’Europe.
Immigration : Plus on agit pour empêcher les migrants de franchir nos frontières et plus on a le sentiment que la situation devient ingérable, dramatique : des hommes sont prêt à risquer la mort pour rejoindre notre îlot de prospérité.
Défense : Comme le disait très justement le général David Petraeus à propos du théâtre d’opération Irakien2, jetant un pavé dans la marre de l’idéologisme ambiant à Washington : « Plus vous protégez vos forces, moins elles se trouvent en sécurité. Plus vous utilisez de forces, moins elles sont efficaces. Une opération qui tue cinq insurgés est contre productive si les dommages collatéraux conduisent au recrutement de cinquante autres. » A ce titre, les évènements actuels au Proche-Orient illustrent parfaitement le cercle vicieux du tout sécuritaire : lorsque une opération de grande envergure tuant des dizaines de civils est lancée pour récupérer un soldat kidnappé, non seulement on ne récupère pas son soldat, mais on embrase tout le proche-orient, faisant repartir la région trente ans en arrière.
Le tout sécuritaire, c’est une logique facile à comprendre mais c’est aussi une logique simpliste et naïve. Lorsque l’on arrive à un stade ou il ne faut pas moins de 12 000 policiers et de 20 millions d’euros pour assurer la sécurité de Georges Bush pour 3 jours passés en … Allemagne3(!), il faudrait peut-être commencer à se poser la question : Pourquoi ?
Pourquoi les travailleurs français ne se sentent pas en sécurité ? Pourquoi des étrangers sont prêt à tout pour passer une frontière ? Pourquoi des hommes sont prêt à mourir et à tuer d’autres gens pour une idée ? Quelle est l’origine de ce désespoir ?
Tant que nous ne croirons pas en la France et en sa capacité à relever le défi de la mondialisation, nous nous sentirons en situation précaire vis-à-vis de l’emploi. Tant que nous n’aiderons pas l’Afrique à se développer, nous continuerons de voir l’immigration clandestine progresser. Tant que nous ne tendrons pas la main au monde musulman, dans notre société et dans la leur, nous entretiendrons ces brasiers que sont le Proche et le Moyen-Orient.
« Il y a nation où la clôture des jardins et des champs qu’on veut conserver se fait d’un filet de coton, et se trouve bien plus sûre et plus ferme que nos fossés et nos haies.
« Les serrures attirent le voleur. Le cambrioleur néglige les maisons ouvertes. » [Sénèque, Lettres, 68, 4] À l’aventure sert entre autres moyens l’aisance à couvrir ma maison de la violence de nos guerres civiles. La défense attire l’entreprise, et la défiance l’offense. J’ai affaibli le dessein des soldats, ôtant à leur exploit le [risque] et toute matière de gloire militaire qui a accoutumé de leur servir de [prétexte] et d’excuse. Ce qui est fait courageusement est toujours fait honorablement, en temps où la justice est morte. Je leur rends la conquête de ma maison lâche et traîtresse. Elle n’est close à personne qui y heurte. Il n’y a pour toute [précaution] qu’un portier d’ancien usage et cérémonie, qui ne sert pas tant à défendre ma porte qu’à l’offrir plus décemment et gracieusement. Je n’ai ni garde, ni sentinelle que celle que les astres font pour moi. »Montaigne – Essais, II, 15
Collin Powell à propos de l’Irak parlait d’une guerre de prévention, je crois qu’il s’agissait plutôt d’une guerre de rétention : essayer de contenir un mal plutôt que de le guérir. C’est bien cela l’idéologie du tout sécuritaire.
Faire de la sécurité pour finalement se sentir en danger. C’est bien cela le paradoxe sécuritaire.
1 – La crise de la France et les possibilités de réforme, conférence donnée par l’Institut Français de Recherche sur les Administrations Publiques, par Bernard Zimmern et Nicolas Lecaussin, Les Rendez-Vous de l’Iena, 3 mars 2006.
2 – « L’armée américaine se dotte d’une doctrine pour combattre l’insurrection », par Eric Leser, Le Monde, 14 juillet 2006.
3 – « Avant le G8, George Bush scelle les retrouvailles de Washington avec l’Allemagne», par Antoine Jacob, Le Monde, 13 juillet 2006.



