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Bach – Cantate BWV54

Je me lève, m’habille, déjeune et pars sur le chemin du travail. Comme hier, comme demain, comme le font toutes ces personnes autour de moi. Chaque jour, inlassablement, nous répètons un même mouvement. C’est une monotonie, mais une belle monotonie. Nos grands-parents, nos parents, nos enfants, nous appartenons tous à ce long flot dans lequel les hommes se succèdent, lentement, dignement.

Cela a quelque chose de réconfortant de sentir que nous sommes tous liés à un même monde, qui sous nos yeux défile, se transforme et finalement s’éloigne jusqu’à en devenir étranger. Tous embarqués dans un même navire, tous enfants de l’Histoire et parents de notre Destinée.

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L’ombre de moi-même…

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Journée harassante, qui se termine la nuit dans un tramway. J’ouvre un livre, relis trois fois la même page avant d’abandonner et de plonger dans mes pensées en regardant contre la fenêtre le paysage défiler.

« Comment s’étaient-ils rencontrés? Par hasard, comme tout le monde. Comment s’appelaient-ils? Que vous importe? D’où venaient-ils? Du lieu le plus prochain. Où allaient-ils? Est-ce que l’on sait où l’on va? »

Il y a quelque chose que j’aime beaucoup dans le voyage, c’est la possibilité de se réinventer à chaque instant. Faire abstraction de son histoire et ne considérer les gens que pour ce qu’ils sont maintenant. Loin de soi et de ses préjugés, libre d’évoluer dans le sens où nous l’entendons. Le voyage donne de l’assurance et de l’importance à ses décisions, encourage les forces créatives et permet de se réaliser.

Iggy Pop – In the deathcar

J’aime les personnes créatives parce qu’elles ont justement cette faculté de surprendre et de réinventer sans-cesse. Ce n’est pas un hasard si je cite Jacques le fataliste et son maître de Diderot, l’un de mes romans préférés. C’est pour moi l’illustration parfaite de cette possibilité qu’ont certaines personnes un peu folles et imprévisibles à créer toujours.

« Jacques se frotta les yeux, bâilla à plusieurs reprises, étendit les bras, se leva, s’habilla sans se presser, repoussa les lits, sortit de la chambre, descendit, alla à l’écurie, sella et brida les chevaux, éveilla l’hôte qui dormait encore, paya la dépense, garda les clefs des deux chambres; et voilà nos gens partis.
[...]
LE MAÃŽTRE: Et pourquoi ne les avoir pas rendues?

JACQUES: C’est qu’il faudra enfoncer deux portes; celle de nos voisins pour les tirer de leur prison, la nôtre pour leur délivrer leurs vêtements; et que cela nous donnera du temps.

LE MAÃŽTRE: Fort bien, Jacques! mais pourquoi gagner du temps?

JACQUES: Pourquoi ? Ma foi, je n’en sais rien.

LE MAÃŽTRE: Et si tu veux gagner du temps, pourquoi aller au petit pas comme tu fais?

JACQUES: C’est que, faute de savoir ce qui est écrit là-haut, on ne sait ni ce qu’on veut ni ce qu’on fait, et qu’on suit sa fantaisie qu’on appelle raison, ou sa raison qui n’est souvent qu’une dangereuse fantaisie qui tourne tantôt bien, tantôt mal. »

Jacques le fataliste et son maître – Diderot