Un vrai resto chinois pour se rappeler notre périple en Chine en mai dernier… Pas de français à l’horizon, ni d’affreuses oranges glacées et autres rouleaux de printemps (qui ne sont pas chinois mais vietnamiens), des plats ultra épicés, de la Yangjin,… on est vraiment en Chine!

Wo yao yangjin pijou!
Pour le plaisir de lire, je souhaite vous faire partager une belle page de Milan Kundera. Une esquisse, quelques traits et voici que la situation prend vie. C’est ce que j’aime dans le roman. Kundera parle d’exploration de l’existence, d’exploration du champ des possibilités humaines.
Ce passage irait bien avec le début des Estampes de Debussy…
(à écouter en même temps que la lecture…)
« Dans la propriété de Lévine, un homme et une femme se rencontrent, deux êtres solitaires, mélancoliques. Ils se plaisent l’un l’autre et désirent, secrètement, joindre leurs vies. Ils n’attendent que l’occasion d’être seuls pour un moment et de se le dire. Un jour, enfin, ils se trouvent sans témoin dans un bois où ils sont allés cueillir des champignons. Troublés, ils se taisent, sachant que le moment est venu et qu’il ne faut pas le laisser échapper. Alors que le silence dure déjà depuis longtemps, la femme, subitement, « contre sa volonté, inopinément », commence à parler de champignons. Puis, il y a encore le silence, l’homme cherche les mots pour sa déclaration mais au lieu de parler d’amour, « à cause d’une impulsion inattendue »â€¦ il parle lui aussi de champignons. Sur le chemin du retour, ils parlent toujours de champignons, impuissants et désespérés, car jamais, ils le savent, jamais il ne se parleront d’amour.
Rentré, l’homme se dit qu’il n’a pas parlé d’amour à cause de sa maîtresse décédée dont il ne pouvait trahir le souvenir. Mais nous le savons bien : c’est une fausse raison qu’il n’invoque que pour se consoler. Se consoler ? Oui. Car on se résigne à perdre un amour pour une raison. On ne se pardonnera jamais de l’avoir perdu sans raison aucune.
Ce petit épisode très beau est comme la parabole d’un des plus grands exploits d’Anna Karénine : la mise en lumière de l’aspect a-causal, incalculable, voire mystérieux, de l’acte humain. »
L’art du roman – Milan Kundera
Un rayon de soleil pointe son nez, j’abandonne la cafétéria de l’école pour aller déjeuner dans Versailles. Sur le retour, j’en profite pour m’arrêter un instant près du château…

Voici un extrait d’un article d’Aude de Kerros intitulé l’Art Caché, paru dans le dernier Commentaire :
« L’expression “art contemporain” ne désigne pas une pratique, une transformation de la matière, la magnifiant, lui donnant un sens par la forme, mais une idéologie fondée sur la rupture permanente, conférant à l’”oeuvre” une fonction exclusivement dérisoire ou critique. Cette idéologie dans son essence interdit la main, l’art et la pensée. La finalité de cet art dit “contemporain” n’est pas de créer, d’exprimer un sentiment, une émotion, une vision ou une pensée du monde mais de le détruire. Ce monde est considéré mauvais, comme dans la pensée gnostique, et le détruire est un acte de purification.
Le changement de définition du mot “art” a aujourd’hui un demi siècle. C’est autour des années soixante que, pour la première fois dans l’Histoire, le “non-art” devient la référence : un art officiel, à l’échelle de la planète. Certes, l’art dérisoire a toujours existé dans l’ombre de l’art, comme une polarité essentielle qui maintient sous tension cette activité mystérieuse. Il est le contre pouvoir de l’immense pouvoir de fascination de l’art. [...] Mais on n’a jamais connu cette situation où le monde à l’envers, exprimé au XXème siècle par l’art dit “contemporain”, s’impose comme le seul art de référence pendant cinquante ans sans que sa fin s’annonce prochaine. »L’art caché – Aude de Kerros
Je trouve cette opinion assez intéressante même si je ne suis pas complètement en accord avec elle. Je pense qu’il est injuste de considérer l’art contemporain comme un mouvement indivisible et uniforme. Certes on peut rester perplexe lorsque un monochrome est considéré comme une forme d’art. Certes beaucoup d’artistes ont trop privilégié la démarche par rapport à l’exécution. Mais ce n’est pas le cas de tous et je parlerais plus volontiers d’une “tendance” que d’un mouvement uniforme.
D’autre part, l’”idéologie fondée sur la rupture permanente” ne date pas d’hier : c’est toute l’histoire du XIXème et du XXème siècle qui repose sur cette recherche permanente du nouveau, de l’innovation, du progrès, aux antipodes de l’art tel qu’il était considéré durant l’ancien régime. Cette rupture permanente ne se cantonne d’ailleurs pas à l’art : voyez les transformations de la société qui ont eu lieu depuis la révolution!
Je ne crois pas que l’on puisse parler d’un putsch du “non-art” mais plutôt d’une libéralisation de l’art engendrant un foisonnement de créations diverses et variées, pour le meilleur et pour le pire…

