Je repense souvent à cette petite histoire que nous avait contée notre professeur de Management des risques internationaux.

La scène se passe au XVIIIème siècle, dans une petite ville du Nord de la Flandre. Ce bon vieux Franz Moolen a emprunté à son voisin, Willem Van der Vorst, une somme colossale pour commercer avec les Indes. Malheureusement, son bateau n’est jamais revenu et Franz est ruiné. Sa femme est inquiète car depuis plusieurs semaines son mari ne trouve plus le sommeil. Il se tourne et se retourne dans son lit sans parvenir à trouver de solution.

Une nuit, alors que toute la ville dort paisiblement, Franz Moolen se lève précipitamment et court à sa fenêtre. A cette époque, les villes du Nord étaient faites de petites maisons en vis-à-vis séparées par des ruelles étroites. La fenêtre de Franz donnait donc directement dans la chambre de Willem.

Franz ouvre donc sa fenêtre avec fracas et appelle son voisin d’une voix tonitruante : « Willem Van der Vorst! Van der Vooooorst ! » Son voisin tiré d’un sommeil de juste ouvre péniblement ses volets et fait face à Franz, héberlué. Ce dernier s’écrit alors : « Ton argent, tu ne le reverras jamais ! JAMAIS ! ».

A ces mots, Franz rentre dans sa chambre et s’endort tranquillement, pendant que Willem, lui, ne trouve plus le sommeil.

Tout est une question de point de vue…

Logan, Leader Price, easyJet… Nous sommes les premiers à profiter et à applaudir ces nouvelles formes de business permettant au consommateur d’augmenter son pouvoir d’achat. Certaines marques s’en font même les porte-paroles, comme E.Leclerc lors de sa dernière campagne de pub.

Cette baisse de prix est le résultat d’une combinaison entre :

  • la mise en place d’outils plus performants (site de vente en ligne, chaînes automatisées, etc.);
  • la réorganisation de la chaîne de création de valeur (externalisation des activités qui ne sont pas dans le coeur de métier, délocalisation dans des régions plus intéressantes économiquement);
  • l’optimisation de la masse salariale (réduction d’effectifs, mise sous tension des salariés, etc.)

L’entreprise qui n’utilise pas les trois leviers ci-dessus ne peut survivre sur le long terme dans un environnement compétitif. L’amélioration – ou la préservation, c’est la même chose – de la compétitivité d’une entreprise passe donc tôt ou tard par une augmentation de la pression sur le salarié.

Les phénomènes tels que la délocalisation ou le licenciement économique ne sont que le résultat d’un mouvement initié par le consommateur. C’est tout le problème de notre économie. Elle donne la primauté au consommateur et oublie tout à fait que derrière celui-ci se cache aussi un salarié. On assiste donc à un étrange spectacle ou le consommateur “presse le citron” du salarié qui sommeille en lui.

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L’interprétation musicale

Dans une interprétation musicale, chaque note compte. Et c’est paradoxalement dans la simplicité et le silence que l’oeuvre révèle toute sa complexité d’interprétation. La technique ne suffit pas à saisir l’ensemble, il faut la dépasser. Il s’agit non seulement d’un travail sur la partition mais aussi et surtout d’un travail sur soi.

Ce n’est pas un hasard si les Variations Goldberg ou les Suites pour Violoncelle de Bach sont si intimidantes pour le musicien. Leur fausse simplicité révèle en fait toute leur profondeur. Il n’y a pas assez d’une vie pour trouver leur justesse dans l’interprétation.

Glenn Gould, pianiste virtuose, avait d’ailleurs réenregistré peu avant sa mort les Variations Goldberg, quelque 25 ans après une première version déjà couronnée de succès. Pendant toutes ces années, il avait approfondi sa réflexion sur l’oeuvre et cette nouvelle exécution illustrait son chemin parcouru.

Vous pourrez écouter un extrait de chacune des deux versions en cliquant sur les liens ci-dessous:

  • Bach – Aria BWV988 par Glenn Gould, version 1956
  • Bach – Aria BWV988 par Glenn Gould, version 1981

L’interprétation de 1981 n’est pas meilleure que celle de 1956. Il appartient à chacun de se faire sa propre opinion. L’une de ces versions peut avoir notre préférence et « sonner » plus juste. Il ne s’agit pas ici de technique d’exécution mais de résonance subjective avec notre for intérieur.

Voici un autre exemple à travers la Suite n°1 de Bach:

  • Bach – Suite n°1,I pour Violoncelle par Antonio Mesenes
  • Bach – Suite n°1,I pour Violoncelle par Anner Bylsma
  • Bach – Suite n°1,I pour Violoncelle par Phoebe Carraï

Le souffle d’une oeuvre

Dans la tradition chinoise, le monde est animé par un souffle, une énergie vitale appelée qi (?). Le qi peut être le tempérament d’une personne ou l’atmosphère d’un lieu. Il peut aussi être l’énergie dégagée par une oeuvre d’art, celle là même qui entre en résonance avec nous et nous fait préférer une exécution à une autre.

J’ai lu dernièrement le livre Passagère du silence, autobiographie de Fabienne Verdier. Il y a 20 ans, cette française est partie seule étudier la peinture auprès d’un grand maître chinois, M. Huang. Elle raconte comment son professeur lui fît tracer pendant des mois exclusivement des traits horizontaux, des hua, avec un pinceau à l’encre de chine.

Chaque semaine, il venait voir ses travaux et lui donnait des consignes pour la semaine suivante : « Je voudrais que ton trait représente une formation nuageuse, avec la mouvance indistincte des nuages, ce souffle qui anime une matière vaporeuse », ou encore : « Ce geste de tension, quand tu tires sur les rênes pour arrêter un cheval, peux-tu le représenter dans ton trait ? »â€¦ C’est ainsi que dans ce trait, elle réussît à tout représenter ; à travers l’unité, elle saisissait l’ensemble.

Lorsque l’on voit la puissance évocatrice d’un trait, on se rencontre que le concept figuratif « trait » que nous connaissons est extrêmement réducteur. Il en est de même pour la partition musicale qui n’est qu’une traduction purement conceptuelle ne reflétant qu’aproximativement le souffle de l’oeuvre.

Parce qu’à travers l’unité, transparaît le tout.

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J’ai lu un point de vue assez intéressant sur le Contrat « Nouvelle Embauche » dans les Echos du 10 août. L’article était écrit par Denis Caminade, un patron de TPE assez sévère par rapport à ce nouveau contrat.

Pour rappel, le CNE a été créé afin de permettre aux entreprises de moins de 10 salariés de porter la période d’essai à 2 ans (contre 6 mois actuellement).

Selon Denis Caminade, les contrats actuels seraient largement suffisants pour évaluer l’apport d’une nouvelle recrue et la frilosité des employeurs s’expliquerait davantage par la lourdeur des charges salariales ou le manque de perspective des marchés. Il proposerait donc d’exonérer de charges pendant 2 ans toute nouvelle embauche d’un chômeur indemnisé, le manque à gagner de l’Etat étant équilibré par l’absence d’indemnisation à verser.

Séduisant au premier abord mais j’aurais toutefois deux remarques par rapport à son analyse :

  • L’extension de la période d’essai par le CNE n’a pas pour objectif de donner un sursis supplémentaire à l’employeur dans le choix de ces recrues mais plutôt de se prémunir contre les pertes liées à une baisse d’activité en permettant à tout moment « d’interrompre le contrat » (quel bel euphémisme).
  • Les charges salariales ne sont pas uniquement destinées aux caisses d’assurance chômage. Elles servent aussi à remplir les caisses de retraite, d’assurance maladie, etc. Exonérer de charges une nouvelle embauche serait donc bel et bien un effort consenti par l’Etat. Cela ne serait peut être pas problématique si au bout des deux ans la nouvelle recrue continuait à travailler. Mais pourquoi l’entreprise conserverait-elle une personne qui du jour au lendemain lui coûterait deux fois plus cher ? Il en résulterait donc un turnover plus important sur le marché de l’emploi au détriment des caisses de l’Etat.
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