Ce que je vis avec les êtres qui me sont chers, je le vis seul. On peut trouver du réconfort dans le coeur des autres, dans le travail, dans le divertissement, mais on en est pas moins désespérément seul pour toutes les grandes questions.
Est-il possible de partager sa vie avec quelqu’un au point de ne faire qu’un? Même si cela était possible cela serait-il souhaitable? Vivre à deux jusqu’à la fin de ses jours ne signifie pas que les destinées doivent se confondre. La musique est en cela un bel exemple de solitudes qui s’aiment : chaque instrument joue sa propre ligne, vie sa propre vie, et l’ensemble produit quelque chose de singulier.
Il y a une musique que j’aime beaucoup et qui pourrait illustrer un peu cela. Il s’agit d’un motet de Couperin . Ce motet a la particularité d’être joué à deux voix. J’aime comme ses deux voix naissent, l’une après l’autre, et évoluent, se soutiennent, se confondent par moment. C’est comme si ces deux voix s’enlaçaient et s’aimaient.
En chinois, il existe un caractère, le ren, qui signifie « le sens de l’humain ». Ce caractère est formé de deux radicaux : le radical homme et le chiffre deux. En chine, l’homme ne se conçoit que dans sa relation avec l’autre.
Bien sûr que nous sommes seul, mais être deux donne un sens à notre solitude.

