J’ai lu dans le dernier Commentaire un article sur Raymond Queneau très intéressant, que j’avais envie de rapprocher avec différentes discussions et réflexions que j’ai eu ces derniers temps.
Raymond Queneau était un écrivain amoureux de la langue française, très connu pour son Zazie dans le Métro et autres Exercices de Styles. S’il aimait jouer avec les mots (il avait même fondé un club pour cela, l’Oulipo), il aimait surtout se jouer des mots : c’était un pourfendeur du français écrit. Toute sa vie, il a essayé de donner au langage oral une existence littéraire. En effet, il pensait que seul le français oral, vivant, avait un avenir et méritait d’être défendu.
« On ne pense qu’à entretenir, conserver, momifier. C’est du point de vue de l’offensive qu’il faut défendre la langue française. »
Raymond Queneau
C’est étonnant car nous vivons dans une société où tout se consomme et se jette, et paradoxalement nous n’avons jamais autant cherché dans l’histoire de l’humanité que dans ces deux derniers siècles à préserver notre passé, notre héritage culturel. Par exemple, c’est plus ou moins Prosper Mérimée dans les premières années de la monarchie de Juillet qui a inventé la notion de préservation du Patrimoine. Avant lui, un monument qui tombait en ruine était démonté et ses pierres réutilisées pour faire d’autres batiments, sans autre forme de procès.
Je me demande parfois si nous ne nous cristalisons pas un peu sur notre passé, comme-ci ce qui était grand ne pouvait être que derrière nous.

Quel poids que toute notre histoire! C’est si difficile de créer quelque chose lorsque vous avez la Joconde et deux mille ans d’histoire qui vous regardent… Comme disait Marcel Duchamp, un peu provocateur : « il faudrait brûler le Louvre !».
« Voyez-les, les gens de bien et les justes! Qui haïssent-ils le plus? Celui qui brise leurs tables de valeurs, le casseur, le criminel : – mais c’est celui-là qui crée.
Voyez-les, les croyants de toutes les religions! Qui haïssent-ils le plus? Celui qui brise leurs tables de valeurs, le casseur, le criminel : – mais c’est celui-là qui crée.
Le créateur cherche des compagnons et non des cadavres ni des troupeaux et des croyants. Le créateur cherche des compagnons qui créent à ses côtés et gravent de nouvelles valeurs sur de nouvelles tables. »
Nietzsche – Ainsi parlait Zarathoustra

